Les labels bio : philosophie ou business juteux ?

Les labels bio : philosophie ou business juteux ?

Depuis plus d’une décennie, l’agriculture bio (et ses labels) fait de plus en plus parler d’elle. Si en 2018, 3⁄4 des français déclaraient manger bio au moins une fois par mois 1, la valeur des achats des produits alimentaires issus de l’agriculture bio avait augmenté de 15,7% par rapport à l’année précédente 2. Quelle évolution lorsque l’on se souvient que la reconnaissance officielle de l’agriculture bio ne date que de 1980 3 ! En une trentaine d’années, elle est passée d’un mouvement militant de niche, dont les acteurs étaient considérés comme marginaux, à une véritable industrie au potentiel de développement important. Une question se pose alors : Tous les produits bio se valent-ils? Le mode de culture est-il réellement militant ou devenu mercantile ? Finalement, qu’attend-on de l’agriculture bio : qu’elle produise simplement une nourriture saine, ou qu’elle le fasse dans le respect des écosystèmes et des Hommes ?

Vous vous en doutez, chez Cultures et Compagnies on met un peu les pieds dans le plat pour défendre une agriculture paysanne, locale, socialement juste et préservant la biodiversité. Ajourd’hui, on s’intéresse aux différents labels encadrant l’agriculture bio et équitable.

Pour obtenir ces précieux labels, les agriculteurs les payent des organismes certificateurs, vérifiant le bon respect d’un cahier des charges. Nombreux et différents, ils fleurissent sur les emballages et leur pluralité peut empiéter sur leur clarté. On vous l’accorde, il est parfois difficile de s’y retrouver. En effet, tous ne sont pas aussi exigeants les uns que les autres et s’adressent à différentes dimensions de ce que peut être une agriculture respectueuse des consommateurs, de notre planète et des travailleurs. On vous propose un petit tour de piste :

Le label AB a été créé en 1985, puis intégré au label européen UE de 2009, répondent au même cahier des charges. L’utilisation de pesticides et d’engrais de synthèse y est interdite et les produits transformés doivent contenir au moins 95% d’ingrédients bio et au plus 1% d’OGM. Ce cadre garantit simplement sa dimension technique 4, mais s’intéresse peu aux impacts de l’agriculture sur la société et les écosystèmes. Il n’interdit pas, par exemple, les monocultures, la coexistence de cultures bio et non bio sur une même exploitation, ou le recours au paillage plastique, aux serres chauffées et aux engrais organiques. De plus, le recours à des semences non-bio est autorisé lorsque la variété n’est pas disponible en bio. En conséquence, peuvent être par exemple labellisées bio des tomates d’Andalousie poussant à grand renfort de plastique. Bien que respectant le cahier des charges de l’agriculture bio, ces cultures industrielles conduisent à des désastres écologiques (assèchement des nappes phréatiques, épuisement des sols, etc) et sociaux (exploitation de travailleurs immigrés, etc).

La “mer de plastique” d’Almeiria, photo de Bernhard Lang

Malgré certaines limites, le label européen a eu le mérite de démocratiser l’agriculture bio : d’autres labels, plus exigeants, permettent aussi de compléter ce socle.

Le label Bio Cohérence, moins répandu, reprend le cahier des charges européen en y ajoutant des interdictions de mixité des cultures, de recours aux serres chauffées et aux semences non bio. De plus, il impose que les cultures, les productions et les transformations s’effectuent sur le sol français, limitant ainsi le coût énergétique lié à l’importation de denrées et le dumping social. Enfin, il interdit la vente en supermarché, contenant ainsi l’industrialisation de l’agriculture bio.

Créé en 1932, le label Demeter est encore plus contraignant puisqu’il impose aux agriculteurs des techniques culturales biodynamiques. La biodynamie considère la Terre comme un “tout”, favorisant la santé des sols et la protection des écosystèmes. Elle s’articule autour de trois principes fondamentaux : concevoir le jardin comme un organisme agricole, une entité autonome et individualisée ; utiliser des “préparations biodynamiques” à base de plantes médicinales, de bouse de vache et de quartz qui agissent énergétiquement pour l’équilibre du domaine ; et travailler avec les “rythmes cosmiques”, c’est-à-dire tenir compte des influences du soleil, de la lune, des planètes et du zodiaque.

La mention Nature et Progrès, créée en 1964 par des professionnels et des consommateurs, veut englober, au-delà des techniques agricoles, le respect de la biodiversité, du tissu rural et du savoir-faire agricole. Là encore, impossible de trouver des produits Nature et Progrès dans les supermarchés de la grande distribution. La charte intègre des critères environnementaux, économiques, sociaux et humains. Par exemple, elle interdit l’utilisation d’huile de palme puisque sa production, même en bio, ne respecte ni les hommes ni la planète. Enfin, cette mention encourage l’autonomie des paysans face à l’industrie semencière en prescrivant l’utilisation de semences non inscrites au catalogue – ce que proscrit le label européen.

Enfin, le label FairTrade s’intéresse à la dimension sociale de l’agriculture en promouvant le commerce équitable. Il permet de s’assurer que les producteurs puissent vivre de façon décente de leur travail, mais n’encadre pas les conditions techniques de production. Le label Biopartenaire, agréé par les pouvoirs publics et s’appuyant sur la réglementation européenne, va plus loin en imposant des méthodes de productions biologiques.

Aujourd’hui, quand les agriculteurs conventionnels ne sont pas taxés pour utiliser pesticides et engrais, les agriculteurs bio doivent payer des organismes certificateurs pour obtenir ces labels (350 à 850€ par an pour la certification européenne 5). Certains petits producteurs préfèrent ainsi ne pas avoir recours aux labels et vendre leurs produits en circuit-court (AMAP, coopérative de producteurs, etc) dans un rapport de confiance avec leurs consommateurs.

Champ avec label bio
Crédits : Les Paniers de David

Chez Cultures et Compagnies, on a l’habitude de dire qu’il y une seule façon de s’assurer que son produit respecte les Hommes et les écosystèmes. Partez véritablement à la rencontre de celles et ceux qui font pousser ce que vous mangez. Profitez-en pour découvrir leur métier, apprendre de leur savoir-faire, et enrichir vos connaissances sur ce que vous consommez. En installant des maraîchers au plus près des consommateurs, en leur assurant un revenu juste et en encadrant les méthodes de production pour qu’elles respectent le vivant, c’est ce en quoi l’on croit : retisser les liens entre producteurs et consommateurs tout en préservant notre planète !


[1] “Baromètre de consommation et de perception des produits bios en France” – Agence BIO/Spirit Insight, février 2019.

[2] “Un ancrage dans les territoires et une croissance soutenue : les chiffres 2018 du secteur bio” – Agence Bio, juin 2019.

[3] “La Bio entre business et projet de société” – Philippe Baqué / Agone (collection Contre-feux), mai 2012.

[4] “Panorama des labels d’agriculture biologique et autres marques privées agricoles” – IFOAM, novembre 2016.

[5] “Il y a bio et bio. Voici comment s’y retrouver dans les labels d’agriculture biologique” – Lutopik Sonia / Reporterre, février 2015.

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