Alternatives agricoles pour concilier durabilité et productivité ?

Alternatives agricoles pour concilier durabilité et productivité ?

L’agriculture conventionnelle est de plus en plus au centre de débats qui en pointent les limites. Nous recherchons aujourd’hui les alternatives agricoles et les modèles, anciens comme nouveaux, qui répondront aux défis sanitaires, environnementaux et économiques auxquels nous faisons face.

Dans notre dernier article, nous nous étions penchés sur l’agriculture de conservation des sols (ACS). Par ses principes, elle suscite l’intérêt de nombreux agriculteurs. Cependant, elle est parfois montrée du doigt pour son incapacité à se détacher de certains herbicides – pour lutter contre les adventices – et notamment le tristement célèbre glyphosate, symbole controversé de l’agriculture moderne.

Alternative agricole

Aujourd’hui en France, 97 % des agriculteurs en ACS ont recours au glyphosate. Plus de la moitié estiment que son interdiction entraînerait un arrêt des pratiques de conservation. Il est donc essentiel de prendre conscience qu’en agriculture, s’émanciper des pratiques chimiques relève plus d’un défi technique que d’un choix moral. De quelles alternatives agricoles disposons-nous pour nous détacher des pratiques existantes sans nuire à leur productivité ?

ACS et herbicides

Le glyphosate est clivant et divise les opinions. Il est d’une part jugé cancérigène, d’autre part vu comme un levier réduisant à la fois le travail du sol, la consommation d’énergie fossile mais aussi le temps de travail de l’agriculteur.

Si l’ACS semble en effet dépendre encore de l’industrie chimique, cette école a malgré tout développé quelques astuces pour limiter les transferts d’intrants chimiques lors des semis directs, notamment en comparaison au labour. Lesquelles ?

Grâce au « mulch » notamment, ce tapis végétal couvrant les sols en semis direct, qui intercepte une grande partie des produits chimiques appliqués sur les cultures. De plus, caractérisée par une augmentation de la matière organique et un non-travail du sol, l’ACS est un modèle favorisant énormément l’absorption et la dégradation (biologique, microbiologique) de ces éléments chimiques de synthèse.

Enfin, les doses chimiques appliquées en ACS font l’objet d’une utilisation majoritairement raisonnée (à faible concentration et bas volume) car l’utilisation des couverts végétaux diversifiés et les rotations longues limitent le développement des adventices.

Mais malgré toute la prudence qui se tient derrière l’utilisation des herbicides, leurs conséquences sur la santé des hommes et de l’environnement sont trop importantes pour être ignorées et leur utilisation doit être limitée au maximum.

C’est pourquoi la cohabitation entre pratique biologique et pratique de conservation des sols est essentielle dans la quête d’une agriculture saine et durable.

Des pistes pour des cultures biologiques en agriculture de conservation ?

De plus en plus plébiscitée par le monde agricole, qui a un rôle sur la santé des sols, l’agriculture de conservation s’impose au fur et à mesure comme une des alternatives les plus intéressantes pour les agriculteurs en quête de résilience. Ce modèle connaît pour l’instant un plus grand succès chez les agriculteurs conventionnels, qui représentent la grande majorité des exploitations en ACS, et peine à être adopté par les agriculteurs biologiques. En effet, certaines pratiques dont celle du semis direct – symbole le plus abouti du système de conservation – sont actuellement difficiles à appliquer dans le cadre d’une agriculture biologique… Pourquoi ?

Parmi les principaux problèmes, les adventices. En appliquant le semis direct et en laissant les plantations prospérer auprès d’autres cultures dans les sols, les agriculteurs encouragent malgré eux l’émergence d’autres plantes concurrentes. A l’heure actuelle, le travail du sol et les herbicides sont les outils les plus efficaces de lutte contre les adventices.

Bien que l’ACS et l’AB aspirent toutes deux à une plus grande durabilité, en rupture avec l’agriculture conventionnelle, elles peinent encore à imaginer un système s’affranchissant du désherbage chimique et mécanique simultanément sans affecter leur productivité et leur rentabilité. 

Agriculteurs et chercheurs en recherche continue d’alternatives

Agriculteurs et chercheurs travaillent main dans la main pour de nouveaux systèmes sans chimie, respectueux de la vie des sols. En voici quelques exemples :

Manfred et Friedrich Wenz sont des pionniers du non-labour en agriculture biologique. Ils ont notamment pour objectif de n’effectuer aucun passage mécanique entre le semis et la récolte. Afin de répondre à cet objectif, les Wenz se basent sur :

  • une gestion rigoureuse et précise des couverts végétaux.
  • un travail du sol occasionnel ne dépassant pas 4 cm, avec un outillage polyvalent et adapté 

Joseph Pousset, agriculteur biologique dans l’Orne, tente d’instaurer une gestion spécifique des adventices : il s’est inspiré des principes de l’agriculture de conservation (diversifications des rotations, couverts végétaux) et applique une succession de mélanges de cultures. Le céréalier sème notamment des engrais verts de légumineuses en parallèle et en complément des cultures dédiées à la vente et à la consommation. Cette technique génère deux grands avantages. Le premier est qu’elle couvre le sol et limite donc la pression des adventices. Le second est de supplémenter la parcelle en azote, qui a un effet positif sur le taux de protéine des céréales cultivées. L’approche de Pousset, grandement inspirée par l’ACS, tend à redynamiser la vie des sols.  Cependant, il n’intègre pas dans son modèle le semis direct, lui préférant un travail léger du sol.

L’observation de ces nouvelles pratiques et de ces théories nous permet d’être témoins du rapprochement de l’AB et de l’ACS et de nous rendre compte que ces modèles peuvent avoir des approches non seulement convergentes, mais aussi complémentaires.

Le rapprochement de l’AB et de l’ACS demande aux agriculteurs de relever des défis techniques importants. Les résultats qu’ils obtiennent sont à l’heure actuelle mitigés, et ne permettent pas encore aux pratiques comme le semis direct en bio de se développer massivement en France. Certains agriculteurs passionnés par la question continuent d’expérimenter et de lever un à un ces verrous techniques. Le soutien aux expérimentations et la collaboration au sein des communautés agricoles et scientifiques sont donc plus que jamais nécessaires pour atteindre le but commun de l’agriculture responsable : développer des systèmes de production durables et résilients adaptés aux différents contextes.

ACS appliquée sur petite surface : le bio-intensif

Emblématique des systèmes en grandes cultures, l’agriculture de conservation inspire également des modèles de maraîchage plus respectueux des sols. Certains collectifs, comme le réseau Maraîchage Sol Vivant en France ou le mouvement du maraîchage bio-intensif porté par Jean-Martin Fortier au Québec, font ainsi appel à des méthodes de l’ACS et les intègrent dans leurs modèles.

En plus de respecter les sols, ils n’utilisent pas d’intrants chimiques. Par ailleurs, la taille réduite des exploitations incite les maraîchers à optimiser d’avantage leurs pratiques culturales pour produire des aliments de qualité avec une meilleure rentabilité au m² cultivé. Les surfaces étant moins importantes, les maraîchers peuvent intervenir plus rapidement et plus précisément sur des problématiques de parasites et ravageurs. En ce qui concerne les adventices, une grande partie des maraîchers bio-intensifs décident de limiter le recours à la mécanisation et d’intervenir de façon ciblée avec des outils manuels. Cela leur permet entre autres de limiter la compaction et l’altération de la structure des sols par les tracteurs tout en limitant leurs investissements et leur impact carbone.

L’utilisation d’outils manuels est en revanche plus contraignante physiquement. Les agriculteurs et constructeurs redoublent d’ingéniosité pour alléger la pénibilité du maraîchage. Il s’agit d’un sujet primordial de ces nouveaux modèles agricoles, qui fait l’objet de nombreuses réflexions pour alléger le quotidien du maraîcher : tracteur à pédale, optimisation de l’espace et du temps de travail, etc… Espérons que de plus en plus d’innovations naissent et aident les maraîchers à optimiser leur temps et leur énergie !

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