La vie du sol

La vie du sol

On dit souvent qu’en agriculture conventionnelle, on nourrit les plantes, tandis qu’en agriculture biologique, on nourrit le sol. En effet, en agriculture conventionnelle, la croissance des plantes repose sur l’apport de fertilisants minéraux issus de l’agriculture pétrochimique1. Les plantes sont en quelque sorte nourries par intraveineuse, les principaux nutriments – azote, phosphore et potassium – leur étant directement apportés sous forme liquide. En agriculture biologique, le raisonnement diffère. Les plantes doivent puiser elles-même leurs nutriments directement dans le sol, via leur système racinaire. Ainsi, une terre bien noire et peuplée de vers de terre, indiquant un sol riche et fertile, c’est un peu le Saint Graal du maraîcher bio. Aujourd’hui, nous partons donc à la découverte de ce qui se passe sous nos pieds dans le sol quand les plantes poussent !

Le sol n’est pas du tout une matière inerte et les vers de terre ne sont pas les seuls à y déambuler. Tout au contraire, il grouille de vie – thysanoures, cloportes, collemboles, protozoaires et autres créatures dignes de vous faire gagner au scrabble le dimanche peuplent les abysses de nos sols. On estime qu’il peut y avoir jusqu’à 500 vers de terre par mètre carré2 et que plus de 2 millions d’espèces différentes de champignons et de bactéries peuplent nos sols – parmi lesquelles seuls 1 % auraient été identifiés3.

Sacré colocation ! Et tout ce petit monde est très organisé. Le sol fonctionne en effet par horizon, et par rôle biologique. Explications :

A chacun son étage

Le sol est un système bien ordonné, et les créatures le peuplant occupent différents étages, de la litière de surface – c’est le tapis de feuilles mortes sous vos pieds en forêt – à la roche mère. On parle d’horizons pour caractériser ces différentes couches. Les premiers horizons sont peuplés par les épigés, qui broient la matière organique, tandis que les endogés préfèrent les profondeurs. Certains organismes, comme les vers de terre, se déplacent entre plusieurs horizons et brassent ainsi délicatement les éléments organiques provenant des couches superficielles du sol avec les éléments minéraux des couches sous-jacentes. L’agriculture conventionnelle, lors du labourage des terres, est donc problématique puisqu’elle inverse brutalement les différents horizons : les organismes de surface, aérobie, se retrouvent six pieds sous terre et ne peuvent plus respirer, tandis que les organismes anaérobie des profondeurs se retrouvent soudainement à la lumière4.

Les horizons du sol

“A chacun son métier, les vaches seront bien gardées”

Non seulement le sol a ses étages, mais chacun de ses habitants a un rôle biologique bien précis. Petit tour d’horizon des professions3.

Les ingénieurs physiques

Ce sont les charpentiers du sol. Ce rôle est tenu par des organismes visibles à l’oeil nu – les taupes, vers de terre, fourmis, etc. – En creusant des galeries au sein du sol, ces animaux en renouvellent la structure, déplacent les nutriments, transfèrent l’eau et les graines, et créent des habitats et chemins pour d’autres organismes. Sans eux, le sol se tasse, l’eau peine à s’y infiltrer, et finalement les terres sont victimes d’érosion ! Ainsi, l’absence de vers de terre dans le sol peut en diminuer jusqu’à 93 % les capacités d’infiltration.

Les régulateurs

Ces organismes sont plus petits, visibles à la loupe pour les collemboles et les protozoaires et seulement au microscope pour les acariens. Les régulateurs, c’est un peu comme notre police. Ils contrôlent la population de micro organismes et limitent la prolifération de champignons ou de bactéries pathogènes. Plus les populations de régulateurs sont importantes et diversifiées, moins les sols risquent d’héberger un agent pathogène et donc plus les plantes sont protégées des attaques !

Les ingénieurs chimiques

Ou chefs cuisiniers si vous préférez. Ce rôle est assuré principalement par les bactéries et champignons microscopiques. Ils assurent la décomposition des matières organiques se déposant à la surface du sol pour en faire de l’humus, c’est-à-dire une terre gorgée d’éléments nutritifs facilement assimilables par les plantes et retenant bien l’eau. Ils jouent aussi le rôle d’agents de nettoyage puisqu’ils sont capable de dégrader les polluants organiques – hydrocarbures, pesticides, etc.

Ainsi, tout ce petit monde oeuvre pour la fertilité des sols et la bonne santé des plantes, en décompactant le sol, en décomposant la matière organique et les polluants, en permettant l’infiltration des eaux. Qui veut améliorer la fertilité de son sol doit donc commencer par chouchouter ses habitants : apport de matière organique sous forme de compost, d’engrais verts ou de fumier, pour nourrir bactéries et champignons, non labourage des terres pour garder intacts les différents horizons de sol, zéro pesticides ou fongicides pour ne pas tuer la vie dans le sol. Autant de pratiques que Cultures et Compagnies s’efforce de mettre en place afin de respecter et protéger la biodiversité des sols sur lesquels nous intervenons.

Et, lors de votre prochaine balade en forêt, pensez à écarter quelques feuilles mortes sur le sol, vous aurez sûrement la chance d’apercevoir certains des petits travailleurs dont nous avons parlé aujourd’hui !


[1] Dejours, F., Jardins-forêts, Un nouvel art de vivre et de produire, Terran, 2019

[2] Caron, M., “Vers de terre, 2 à 3 tonnes à l’hectare !”, Futura Planète, 31.05.2011

[3] ADEME, “La vie cachée des sols, l’élément essentiel d’une gestion durable et écologique des milieux”, Octobre 2010

[4] Bourguignon, C. et L., Le sol, la terre et les champs: pour retrouver une agriculture saine, éditions Sang de la Terre, 1989

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