Ce que nous apprennent les plantes bio-indicatrices

Ce que nous apprennent les plantes bio-indicatrices

Voici venir l’automne, l’équinoxe, les nuits plus longues que les jours, les poêlées de champignons… D’ailleurs, en parlant de champignons, l’article d’aujourd’hui devrait vous inspirer à regarder le paysage différemment lors de vos prochaines balades. On va en effet parler des plantes bio-indicatrices et de la façon dont elles peuvent nous aider à jouer les Sherlock Holmes de la nature. C’est parti !

Plantes bio-indicatrices, c’est un terme un peu barbare signifiant tout simplement que les plantes ne poussent pas n’importe où par hasard. En effet, le sol est un gigantesque réservoir à graines, duquel les plantes germent seulement si des conditions spécifiques sont réunies. 

Par exemple, un coquelicot libère plusieurs milliers de graines dans le sol. Certaines sont mangées, d’autres restent là, en dormance, pendant des temps parfois très longs1. Comprendre comment cette dormance est levée va nous aider dans notre enquête…

Un champ de coquelicots

Décryptons les manifestations de la Nature

Toute bonne enquête commence par une observation minutieuse de l’environnement. La première question qui nous vient en tête est donc naturellement : comment regarder ? Que recherchons-nous ? 

Pour qu’une plante soit considérée comme bio-indicatrice, il faut qu’elle soit dominante par rapport aux autres espèces présentes – à partir de 5 à 10 pieds au mètre carré.
A noter que chaque plante isolée n’est représentative que de son environnement direct : sur une même parcelle, il peut y avoir différents types de sols. 

La meilleure période à laquelle regarder les sols est à la sortie de l’hiver, avant les premières fauches printanières. De façon générale, il est recommandé de faire un inventaire des plantes avant la récolte, afin de pouvoir se faire une idée de ce qu’il s’est passé pendant le cycle de croissance des plantes. 

Ainsi, le fait d’observer une plante à tel endroit peut nous donner de précieuses indications sur :
1. Les caractéristiques du sol : son pH, sa structure, son hygrométrie, sa capacité de rétention, d’éventuels excès ou carences…
2. Son usage : est-il pollué ? que s’est-il passé sur cette parcelle ?
3. La vie microbienne du sol : présence d’eau, de matière organique, tassement des sols…

Dis moi où tu pousses, je te dirai qui tu es

Le long des cours d’eau, on trouvera presque immanquablement des aulnes et des peupliers car ce sont des arbres aimant à la fois l’eau et la lumière, qui ne pourraient pas pousser sur des sols trop secs. Parfois, l’eau n’est pas visible en surface et c’est la présence de menthe ou de jonc qui nous fera deviner l’existence de veines d’eau souterraines. Cela peut s’avérer particulièrement utile pour savoir où creuser la mare de son potager !

De la menthe indicatrice de présence d'eau
Pour en savoir plus sur les plantes bio-indicatrices en zones maraîchères, n’hésitez pas à consulter le guide détaillé de la Ferme de Sainte-Marthe. 

Le sureau hièble, le frêne ou le plantain lancéolé aiment à s’installer sur des terres fertiles et bien équilibrées, donc propices au maraîchage. Les fougères et les conifères, eux, indiquent plutôt un sol acide, sur lesquels vous aurez grand peine à faire pousser un châtaignier ! 

De même, les plantes peuvent nous faire deviner quel usage est fait d’un lieu.
Un champ envahi de rumex, avec des zones peuplées d’orties peut nous mettre sur la piste d’un pâturage sur lequel l’éleveur aurait laissé ses bêtes trop longtemps. En effet, le rumex adore pousser sur les sols compactés – donc potentiellement piétinés trop longtemps par les animaux. L’ortie, elle, est une plante nitrophile, c’est-à-dire adorant pousser sur les terres riches en nutriments. Ici, elle nous indiquerait les endroits où les animaux font leurs besoins. 

Ouvrons l’œil pour remonter le temps 

Les plantes peuvent même nous faire deviner l’histoire d’un site ! Pour cela, il faut connaître les cycles de végétation. Sous nos latitudes, la nature, laissée à elle-même, a tendance à évoluer progressivement vers la forêt, c’est son “climax”.

Si l’on prend un cas d’école, un sol vierge laissé totalement à l’abandon, voici ce que l’on observerait : d’abord la colonisation par des herbacées et arbustes dits pionniers, c’est-à-dire aimant la lumière et capables de pousser sur des sols désolés. Ces espèces préparent la terre pour la végétation à venir, des arbres vivant plus longtemps, plus exigeants, tolérant moins la pleine lumière, et sous lesquels poussent des arbustes et des herbacées ne craignant pas l’ombre.

Du lierre sur un arbre

Ainsi, un pré envahi de ronces et de petits chênes laisse à penser qu’il s’agit d’un ancien champ laissé à l’abandon du fait de la déprise agricole, sur lequel se seront peut-être installés des charmes et du lierre terrestre dans quelques décennies. 

Des “mauvaises herbes” à notre secours

Si vous avez lu notre dernier article, vous vous souvenez que les hommes utilisent les plantes pour dépolluer les sols. Dans la nature, les plantes font spontanément de même et peuvent ainsi nous donner de précieuses indications sur la potentielle présence de polluants dans le sol. 

On utilise le descriptif de “mauvaises herbes” pour qualifier les plantes qui poussent spontanément sans y avoir été incité par l’Homme. Comment les qualifier de « mauvaises » alors que la plupart du temps, ce sont elles qui corrigent les défauts du sol !

Par exemple, la renouée du japon aime à s’installer dans des milieux contaminés riches en métaux lourds, en particulier l’aluminium. On la trouve donc souvent sur des friches urbaines, le long des voies ferrées ou de cours d’eau pollués, sur d’anciens sites industriels. Une fois installée là où peu d’autres plantes sont capables de pousser, elle absorbe et décompose les métaux lourds pour ensuite laisser la place à un ensemble de plantes plus diversifié. Souvent qualifiée d’invasive car présente depuis peu sur notre territoire, et combattue à ce titre, elle est donc pourtant bien utile 2!

Un chardon en fleur

Autre exemple avec le chardon, considéré comme invasif et souvent arraché. Il intervient sur des sols durs et compactés et a la particularité d’avoir des racines qui descendent très en profondeur. Elles permettent ainsi de faire circuler l’eau et l’air dans le sol, mais aussi de chercher le phosphore des roches profondes, le remonter en surface et le rendre assimilable. 

Finalement, de même que l’on peut comprendre un texte en apprenant les caractères dont les mots sont composés, les plantes forment une sorte d’alphabet nous permettant de mieux comprendre le paysage nous entourant. Nous assumons ce rôle de Sherlock Holmes chez Cultures et Compagnies en amont des projets, pour vous aider à mieux appréhender votre sol et son aménagement. On espère avoir éveillé votre esprit de détective, et que vous ouvrirez davantage l’œil lors de vos prochaines balades ! 


[1] Les plantes bio-indicatrices, podcast Terre à Terre – France Culture

[2] Ducerf, G., L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices, Editions Promonature Whitefield, P

How to read the landscape, Chealsey Green Publishing, 2015 

Les plantes bio-indicatrices – Les bios du Gers – GABB

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