Comment faire pour relocaliser notre alimentation ?

Comment faire pour relocaliser notre alimentation ?

La France est une puissance agricole, parvenant à produire beaucoup de nourriture par rapport à son nombre d’habitants ; mais cela ne dit pas grand chose de sa capacité réelle à nourrir ses propres citoyens. Cette semaine, on se demande ainsi à quoi ressemblerait notre pays si nous devions relocaliser notre alimentation !

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la consommation de produits céréaliers, de légumes secs et de féculents a diminué au profit de la consommation d’une plus grande proportion de sucres simples, de fruits et légumes et de produits animaux[1]. L’apport en protéines, jadis essentiellement végétal est ainsi devenu à dominante animale (80 %). En parallèle, de nombreux aliments exotiques – bananes, kiwis, avocats, etc. – se sont démocratisés tandis que des aliments “traditionnels” – haricots, rutabagas, etc. – ont quasiment disparus de nos assiettes.

Notre alimentation en quelques chiffres

Aujourd’hui, un adulte français consomme en moyenne 1,6 kg d’aliments par jour, répartis en 30 % de fruits et légumes, 20 % de produits animaux, 10 % de produits à base de céréales et le reste en autres produits transformés[2].
Sur la base de ce régime alimentaire, on considère qu’un Français a besoin en moyenne de 0,18 hectare de culture et de 0,12 hectare de prairie pour se nourrir[3]. La surface agricole utile en France étant de 28,2 millions d’hectares[4], il y aurait donc a priori assez de terres agricoles pour nourrir les 67 millions de Français.
Le problème, c’est que les régions ne sont pas toutes aussi denses les unes que les autres : par exemple pour l’Ile-de-France, 3 millions d’hectares de terres agricoles seraient nécessaires pour nourrir les 12 millions de franciliens, soit 5 fois plus que la surface agricole actuellement disponible[5].

Comment faire en sorte que les régions soient autosuffisantes ?

Terre de Liens – une association militant pour la préservation du foncier agricole – s’est penchée sur la question et a développé un outil permettant une estimation du nombre d’hectares et d’emplois agricoles nécessaires à la relocalisation de notre alimentation. Cet outil, dans sa version la plus avancée, postule que les Français modifieraient leurs habitudes alimentaires :

  • Ils ne consommeraient que des produits issus de l’agriculture biologique, de saison et poussant localement. Les Bretons ne mangeraient donc plus de riz, mais de la semoule, par exemple.
  • Ils calqueraient leur consommation de viande sur celle des produits laitiers, pour que tout animal tué pour sa viande ait auparavant servi à produire du lait.
Vaches dans un champ 
Photo by Matthias Zomer from Pexels

Dans cette hypothèse, il serait possible que chaque région de l’Hexagone soit auto-suffisante en cultivant 82 % de la surface agricole utile actuelle et via le travail de 1 173 481 paysan.es[6]. Le pays ne comptant 885 400 exploitants agricoles aujourd’hui, la relocalisation de notre production alimentaire permettrait ainsi la création d’emplois variés – paysans-boulanger, éleveurs, arboriculteurs, maraîchers, etc. – et disséminés sur tout le territoire.

A l’échelle de territoires denses, lorsque la surface agricole utile est inférieure aux besoins, relocaliser notre l’alimentation entraînerait une transformation de l’usage des sols. Ainsi, la métropole de Rennes a calculé que si tous ses habitants devenaient locavores, 50 % des jardins privés, 40 % des parcs publics et 30 % des squares devraient devenir des terres maraîchères. La ville serait également ceinturée d’un anneau de 6,3 km de champs et 30 % des forêts seraient dédiées à la production de fruits à coques. Enfin, les habitants devraient diviser par 2,5 leur consommation de viande et de poisson et multiplier par 3 celle en légumes[7].

Jardins partagés permettant de relocaliser notre alimentation

Les bénéfices de la relocalisation alimentaire

Relocaliser notre alimentation à l’échelle des régions françaises, outre la création d’emplois, aurait de nombreux bénéfices.
En premier lieu, une meilleure résistance en cas de crise énergétique ou économique, les régions dépendant moins du pétrole pour faire pousser et acheminer les aliments. De plus, l’autosuffisance alimentaire supposant de faire pousser une large diversité de produits, les exploitations seraient de fait de plus petite taille et le nombre de grandes monocultures diminuerait. Conséquence : une plus grande préservation de la biodiversité.
Enfin, la réduction de la consommation de produits carnés, nécessaire pour atteindre l’autosuffisance, diminuerait les émissions de gaz à effet de serre !

Chez Cultures et Compagnies, notre ambition est justement de rapprocher le plus possible les bassins de production des bassins de consommation, afin de tous nous reconnecter au cycle des saisons et à une alimentation locale, saine et durable.


[1] Hercberg, S. et Tallec, A., Pour une politique nutritionnelle de santé publique en France, Haut comité de la santé publique, 2000

[2] Bienvenu, J., “Qu’est-ce qu’on mange en France ? Votre assiette décortiquée”, Le Monde, 20 Décembre 2018 Agence nationale de sécurité sanitaire , Etude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA 3) , 2014

[3] Esnouf C., Bricas N. et Russel M., Rapport duALIne « Durabilité de l’alimentation face à de nouveaux enjeux » , 2011, INRA-CIRAD

[4] Agreste

[5] Agreste Ile de France, Mémento de la statistique agricole, 2014

[6] Horizon Permaculture, Vers l’autonomie alimentaire, dossiers thématiques de Ferme d’Avenir Terre de Liens Normandie, Dossier technique du convertisseur alimentaire, 2013

[7] Agrocampus Ouest, Rennes, Ville Vivrière ? , 2015 Aubert, C., Le Berre, N. , Rabhi, P., Faut-il être végétarien ? : Pour la santé et la planète , 2010, Terre vivante


Laisser un commentaire

Fermer le menu