L’autosuffisance alimentaire en France est-elle possible ?

L’autosuffisance alimentaire en France est-elle possible ?

Début 2016, la municipalité d’Albi annonçait son objectif, à l’horizon 2020, d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et ainsi de permettre à tous ses habitants de se nourrir de denrées produites dans un rayon de 60 km autour de la ville.
La mairie de Mouans-Sartoux a de son côté créé la MEAD, Maison d’Education à l’Alimentation Durable. Six hectares ont ainsi été acquis par la ville et produisent aujourd’hui plus de 80% des besoins en légumes frais et bio de la restauration collective (100% en bio depuis 2012).

Ces initiatives servent de multiples objectifs : améliorer la résilience des villes en cas de crise, limiter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport des marchandises, favoriser une alimentation saine et durable ou encore renforcer la création de circuits-courts bénéfiques à l’économie locale. Si ces promesses semblent louables, le défi est déjà de taille à l’échelle d’une ville.
Est-il réalisable à l’échelle de la France ? Les champs de l’Hexagone pourraient-ils nourrir les 67 millions de petites bouches françaises ?

Régie agricole de la MEAD pour contribuer à l'autosuffisance de Mouans-Sartoux

 

Régie agricole de la MEAD de Mouans-Sartoux

A priori, oui, et ce sans trop de difficultés puisque depuis les années 1980, la France produit plus de calories qu’elle n’en consomme : 129 %. Ceci n’a pas toujours été le cas : dans les années 1950, notre pays ne couvrait qu’à hauteur de 50 % sa consommation de calories. Pour autant, si le taux de production agricole français semble plus enviable que celui du Royaume-Uni (72 %) ou du Japon (40 %) 1, il ne dit pas grand-chose sur les véritables capacités d’autosuffisance alimentaire de notre pays.

En effet, l’autosuffisance se définit par la capacité d’un territoire à répondre aux besoins alimentaires de sa population par sa propre production et ses propres ressources. Or, le taux de production alimentaire français masque plusieurs éléments cruciaux.

D’abord que notre agriculture, aux modes de productions industriels, dépend largement des énergies fossiles – pour les machines, les engrais, les pesticides, le transport des marchandises – qui sont, elles, importées.

Deuxièmement, que notre régime alimentaire est bien plus varié que notre production de denrées : nous mangeons du riz basmati thaïlandais, notre bétail est largement nourri au tourteau de soja importé d’Amérique du Sud, etc. Ainsi, la France est certes excédentaire en production de blé par rapport à ses besoins mais ne produit à l’inverse que 59 % des fruits qu’elle consomme. Selon l’INSEE, en 2012, 21 % de notre alimentation était importée et les aliments parcouraient en moyenne 3 000 km entre leur lieu de production et leur lieu de consommation.

Bananes sur un étal de supermarché

En parallèle, l’autonomie alimentaire des régions françaises varie entre 10 et 25 %, chacune ne produisant qu’un nombre restreint de denrées destinées à l’exportation et important le reste. Par exemple, en Ile-de-France, la production régionale ne pourrait assurer que 26 % de la consommation de pommes de terre, 0,5 % de celle de viande et 10 % de celle de légumes. Si soudainement, les camions ne pouvaient plus approvisionner Rungis, la région ne disposerait que de trois jours de réserves de nourriture. En revanche, elle produit 159 % de ses besoins en blé 2.

Alors est-il possible de relocaliser notre alimentation ? Si l’on ne devait consommer que ce qui pousse chez nous, et en recourant le moins possible aux énergies fossiles, à quoi ressemblerait notre régime alimentaire ? Nous faudrait-il abandonner certains produits ? Combien d’agriculteurs devraient-ils être aux champs ?
La question de l’autosuffisance alimentaire nous incite à réfléchir d’un côté à la production de nourriture – surfaces mobilisées et pratiques culturales – ainsi qu’à la consommation – régimes et habitudes alimentaires. Et c’est donc ce que l’on fera dans l’article de la semaine prochaine – stay tuned !  


[1] Food self-sufficiency rate of foreign countries, area, The Ministry of Agriculture, Forestry and Fisheries of Japan, 2018, based of the FAO Food Balance Sheets

[2] Desbrosses, P., Bailly, E., Nghiem, T., Terres d’avenir : Pour un mode de vie durable, Editions Alphée, 2007


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