Et si les légumes étaient la solution ?

Et si les légumes étaient la solution ?

La semaine dernière, notre voyage à Madagascar et dans la France du siècle dernier nous a montré que développer des paysages ornementaux plutôt que nourriciers est étroitement lié au niveau de développement économique d’un pays.
Cette semaine, on va voir que des villes, voire des pays entiers se sont admirablement adaptés à des situations extrêmes (guerres, crises) en faisant pousser des légumes là où on ne l’attendait pas !

On bêche pour la victoire au Royaume-Uni

C’est le cas du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre Mondiale. A l’époque, le pays dépend largement des importations pour ses besoins alimentaires : il produit moins d’un tiers de la nourriture consommée, avec 20 millions de tonnes de nourriture importée par an. Quand la guerre éclate, les attaques ennemies sur la marine marchande font planer la menace d’une pénurie alimentaire.

En réaction, le gouvernement met en place une politique ambitieuse pour protéger l’autonomie alimentaire . Le 4 septembre 1939, un Ministère de l’Alimentation se constitue et lance la campagne “Dig for Victory” : Bêcher pour la Victoire. Celle-ci encourage la population à transformer son jardin en potager.

En conséquence, le nombre de jardins partagés augmente rapidement pour atteindre 1,4 million de parcelles. Comme les œufs sont rationnés à 1 par personne et par semaine et que la viande se fait rare, les habitants commencent à élever des poules et des lapins dans leurs jardins. Le Ministère de l’Alimentation va même jusqu’à réquisitionner des parcs de la capitale pour que les Londoniens y fassent pousser leur alimentation !

Affiche de la "Women's Land Army"

Rapidement, la campagne est un succès et en 1943, les jardins familiaux et partagés produisent plus d’un million de tonnes de nourriture. En 1945,  c’est 75 % de la nourriture consommée dans le pays y a poussé ! En parallèle, une “Women’s Land Army” est créée pour prêter renfort aux agriculteurs du pays et remplacer les ouvriers agricoles partis au front. 80,000 femmes vont ainsi aux champs[1]!

On réquisitionne le moindre espace à la Havane

De même à Cuba en 1991 lors de l’effondrement du bloc soviétique, le pays se retrouve isolé et sous embargo américain. La population prend alors les devants et élève de petits animaux, cultive les terrasses, les jardinets, les terrains vagues, les bords de rues. Tout espace vacant est de fait converti en “organoponicos”. Le tout de façon biologique puisqu’aucun pesticide ou engrais chimique ne peut plus être importé sur le territoire. Nombre de fonctionnaires ou employés se reconvertissent alors, la main d’oeuvre agricole est multipliée par dix et la plupart des établissements publics – écoles, hôpitaux, administrations – créent des potagers à destination de leurs résidents.

Organoponico « La Sazon » à La Havane (Béguin, 2017)
Organoponico « La Sazon » à La Havane (Béguin, 2017)

En 2005, 400 000 exploitations agricoles urbaines parviennent à produire 1,5 million de tonnes de légumes, sur 70 000 hectares de terres. A la Havane la capitale, 50 % des fruits et légumes consommés sont aujourd’hui issus de l’agriculture urbaine.

Les organoponicos dans la Province de La Havane (Béguin, 2017)
Les organoponicos dans la Province de La Havane (Béguin, 2017)

Cette “révolution agricole” a également de nombreux bénéfices sociaux et environnementaux : recyclage des déchets pour le compost, moindre contamination des sols, augmentation de la biodiversité, amélioration de la résilience alimentaire, création d’emplois[2].

On n’attend pas la crise pour transformer Paris

On le voit, penser la nature nous entourant comme nourricière n’est pas une idée si neuve et est même plutôt garante de la résilience de nos sociétés et alliée de la préservation de l’environnement.

Chez Cultures et Compagnies, nous croyons profondément au renouveau de l’agriculture urbaine et péri-urbaine. En effet, elle permet de rapprocher les bassins de production des bassins de consommation, dans un contexte où nos concitoyens font de plus en plus attention à ce qu’ils mangent, veulent des produits sains, cultivés localement. Dans ces conditions, pourquoi ne pas transformer tous les espaces publics et privés sources de coûts en espaces productifs ?

On souhaite surtout que l’on n’attende pas la prochaine crise – économique, environnementale – pour prendre les devants. Heureusement, certaines villes ont déjà entamé avec enthousiasme cette dynamique visionnaire. Paris notamment, avec son fameux programme Parisculteurs, s’est fixé pour objectif de végétaliser 100 hectares au sein de la capitale d’ici 2020 ; ce qui a permis la naissance de lieux emblématiques de l’agriculture urbaine comme le toit de l’Opéra Bastille avec Topager, Facteur Graine à La Chapelle ou encore La Caverne avec Cycloponics.


[1] Denham, M., 2015, As we once were: wartime rationing, British Geriatrics Society

[2] Basset, F., “Comment les Cubains ont converti leur île à l’agriculture biologique”, Kaizen, numéro 11, 22 mai 2015

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