Empreinte carbone de l’agriculture : vaut-il mieux manger bio ou local ?

Empreinte carbone de l’agriculture : vaut-il mieux manger bio ou local ?

Nous sommes un beau dimanche du mois de juillet, une balade matinale porte nos pas vers un petit marché de légumes. Là, de belles fraises bien mûres colorent les étals. Certaines sont biologiques, mais viennent d’Espagne. D’autres ne le sont pas, mais ont été produites par un petit producteur local, à une cinquantaine de kilomètres de là. Lesquelles choisir pour notre petit creux de 11h ? Voilà une question qui taraude bien des consommateurs lorsqu’ils cherchent à adopter des modes d’alimentation plus respectueux de l’environnement. 

Empreinte carbone de l'agriculture : vaut-il mieux manger bio ou local ?

De la terre à la fourchette

Aujourd’hui en France, la vente de produits maraîchers en circuits courts[1]  – paniers, AMAP, vente à la ferme, marchés de producteurs, etc. – a le vent en poupe.
21 % des exploitations françaises vendaient leur production par ce biais en 2010[2]. Souvent, pour le consommateur, manger local rime avec écologie.
Mais est-ce aussi simple ? Il est difficile de généraliser, et de trancher définitivement la question, les modes de production agricole étant très variés au-delà du fait qu’ils soient locaux et / ou biologiques. Néanmoins, plusieurs paramètres influencent l’empreinte carbone de l’agriculture.

Dans le cadre de cet article, nous ne nous intéressons qu’aux produits céréaliers et maraîchers[3]. Pour résoudre l’épineux débat local versus biologique, il faut prendre en compte tout le cycle de vie d’une denrée alimentaire et ainsi distinguer les différentes sources d’émission à l’origine de l’empreinte carbone de l’agriculture : type et méthodes de production, transport et modes de distribution, transformation, conditionnement et stockage des produits. A chacune de ces étapes, est-il préférable de choisir des produits biologiques ou locaux ?

 

Les facteurs de l’empreinte carbone de l’agriculture

Les méthodes de production, premières responsables de l’empreinte carbone de l’agriculture.

Les méthodes de production d’abord : celles-ci sont responsables des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture[4] et sont donc le facteur le plus déterminant dans le calcul de l’empreinte carbone de l’agriculture.

Premier facteur influençant les émissions : le choix des cultures.

Les fruits ou légumes produits hors-saison ou n’appartenant pas aux espèces pouvant aisément pousser localement – par exemple des tomates dans le nord de la France – ont un fort coût énergétique car pour les faire pousser, les agriculteurs ont recours à des serres chauffées, à davantage d’engrais et d’eau. Par exemple, des tomates poussant en Suède, auront un bilan énergétique plus mauvais que des tomates importées d’Espagne: 0.8 kg de CO2 émis par kg de tomate espagnole contre 5.3 kg de CO2 par kg de tomate danoise[5] .

Autre exemple, selon l’ADEME[2], une salade cultivée sous serre chauffée en Allemagne en hiver émettra deux fois plus de gaz à effet de serre qu’une salade produite en plein air en Espagne – 240 g d’équivalent CO2 versus 510 g – ceci même en prenant en compte les émissions liées au transport de la salade espagnole vers l’Allemagne.

L’autre facteur influençant les émissions de gaz à effet de serre au stade de la production, c’est l’utilisation ou non d’engrais chimiques.

L’agriculture biologique proscrit l’utilisation de ceux-ci, or l’on sait que l’application d’engrais de synthèse, en émettant du protoxyde d’azote, un gaz au pouvoir réchauffant 310 fois supérieur au CO2 , est à elle seule responsable de 34 % des émissions agricoles[4].

Des méthodes culturales non respectueuses du sol et des écosystèmes – retournement du sol, déforestation, non recouvrement du sol entre les cultures – épuisent le sol, contribuent à son érosion et provoquent un déstockage de CO2 dans l’atmosphère[6].

A l’inverse, de bonnes pratiques culturales – prairies permanentes, haies, cultures intercalaires – peuvent même jouer le rôle de puits de carbone, en stockant davantage de carbone dans le sol qu’elles n’en émettent.

L’agriculture biologique, si elle peut aussi être intensive et fonctionner à grand renfort de serres et de bâches plastiques, répond néanmoins à des obligations telles que la rotation des cultures, la culture d’engrais verts, la non-utilisation d’engrais chimiques et la création de haies pour la biodiversité qui préservent le sol et aident à y stocker du CO2[7].

Enfin, il faut ajouter au bilan carbone de l’agriculture, au stade de la production, le CO2 émis par les tracteurs et autres machines agricoles.

Celles-ci ne sont responsables que d’une petite partie du total des émissions, la mécanisation des exploitations est surtout variable en fonction de leur taille. A ce titre, les micro-exploitations biologiques sont les plus économes en énergie.

La logistique et le transport pèsent dans la balance.

Le transport ensuite. A l’encontre de bien des idées reçues, celui-ci ne pèse que pour 11 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture[8]. Il est donc un facteur moins déterminant que les modes de production dans le calcul de l’empreinte carbone des aliments.

De plus, ce n’est pas seulement le nombre de kilomètres entre le champ et l’assiette qui a un impact sur le bilan carbone des légumes, mais surtout le mode de distribution choisi – routier, ferroviaire, aérien – et sa gestion logistique !

En effet, si les moyens de transport sont inadaptés ou insuffisamment optimisés – point de distribution non regroupés, véhicules anciens ou insuffisamment chargés, etc. – les légumes de proximité peuvent avoir une empreinte carbone bien plus lourde que des légumes importés.
Ainsi, s’il faut à l’évidence éviter de consommer des produits importés par avion, responsable de l’émission de 0,7 à 1,7 kg d’équivalent CO2 par tonne de marchandise et par kilomètre[9], il faut également réduire la consommation de produits transportés par la route (0,1 à 0,3 équivalent de CO2/t/km [8]) sur de longues distances ou avec un chargement non optimisé. Les produits transportés par voie ferroviaire sont quant à eux les plus économes en énergie, émettant 0,037 équivalent de CO2/t/km[8].

Enfin, l’empreinte carbone des aliments dépend également du mode de déplacement des consommateurs achetant leurs produits. Faire ses courses directement chez les petits producteurs, mais en voiture et à plusieurs endroits différents ne fait donc pas grand sens si vous visez à réduire votre empreinte carbone. A l’inverse, faire partie d’un réseau d’achat groupé ou d’une AMAP avec une distribution des produits centralisée peut permettre de réduire le coût énergétique de notre alimentation.

La transformation des produits : le dernier facteur de l’empreinte carbone de l’agriculture.

Enfin, l’empreinte carbone de l’agriculture dépend également du niveau de transformation, du conditionnement et du stockage de la production. Sur ce point, les produits locaux ont un avantage certain : étant transportés sur de moins longues distances, ils sont souvent moins emballés et transformés que les produits importés, même biologiques. De plus, transporter des produits frais sur de longues distances impose des coûts énergétiques importants pour conserver la fraîcheur des denrées.

Des produits non transformés

On le voit, tout n’est donc pas si simple quand il s’agit de réduire l’empreinte carbone de notre assiette ! Manger local a du sens, mais uniquement si l’on connaît les méthodes de travail de ses petits producteurs locaux, que l’on s’assure de manger bio ou en agriculture raisonnée, de consommer des produits peu ou pas transformés, et que l’on va acheter ses fraises directement à la ferme en bicyclette !

Chez Cultures et Compagnies, nous avons la conviction d’apporter une solution complémentaire à cette problématique, en proposant des fruits et légumes à la fois biologiques, de saison et locaux. Encore mieux, les légumes étant produits directement sur le lieu de travail des consommateurs, ces derniers n’ont pas à se déplacer pour les récupérer et ils ne parcourent donc pas un kilomètre !


[1] Pour être qualifiée de “circuit court”, la vente doit répondre à deux critères : qu’il n’y ait qu’un seul ou pas d’intermédiaire entre le producteur et le consommateur, et que la distance parcourue par le produit, entre le champ et l’assiette, soit la plus réduite possible, généralement comprise entre 30 et 100 kilomètres.

[2] Les avis de l’ADEME, “Alimentation – les circuits courts de proximité”, Juin 2017

[3] Il faut néanmoins garder en tête que les produits issus de l’élevage représentent 44 % des émissions carbone de l’agriculture 4 – ceci du fait que les ruminants dégagent du méthane, un gaz à l’effet de serre bien plus puissant que le CO 2 et que 80 % 4 des terres agricoles sont utilisées pour le bétail ou son alimentation.

[4] BARBIER C., COUTURIER C., POUROUCHOTTAMIN P., CAYLA J-M, SYLVESTRE M., PHARABOD I., 2019, « L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France », Club Ingénierie Prospective Energie et Environnement, Paris, IDDRI, 24p

[5] Annika Carlson, Greenhouse gaz emissions in the life cycle of carrots and tomatoes, Department of environmental and energy system studies, Université de Lund, 1997

[6] Perthuis C., Tevenart C., “La neutralité carbone ? Un objectif hors d’atteinte sans implication forte de l’agriculture”, actu-environnement.com, 28 février 2018

[7] Agence Bio, “Les fondamentaux de la réglementation en agriculture biologique”, février 2018 7 : DEFRA,The Validity of Food Miles as an Indicator of Sustainable Development, Juillet 2005 8 : DEFRA Emissions Factors

[8] DEFRA,The Validity of Food Miles as an Indicator of Sustainable Development, Juillet 2005

[9] DEFRA Emissions Factors


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