Le maraîcher au secours de la biodiversité

Le maraîcher au secours de la biodiversité

Qu’ont en commun une autoroute, un champ de colza, l’herbe tondue à ras d’un parc urbain et le parking d’un supermarché ? Tous sont façonnés par les humains, certes, mais surtout, ils constituent des zones de non droit pour la biodiversité, des espaces qu’il est difficile pour une espèce faunistique ou florale de traverser.
Mais alors, pourquoi est-ce un problème, et que faire pour y remédier ?

Quelques définitions d’abord

Les écosystèmes sont constitués sous forme de réseaux, composés de réservoirs de biodiversité reliés les uns aux autres par des corridors. Les réservoirs sont des espaces concentrant la biodiversité, au sein desquels vivent de nombreux animaux et végétaux. Ils sont très importants car ils offrent des conditions favorables aux espèces pour s’alimenter, nicher, se reproduire, hiverner. Pour que celles-ci puissent se disséminer sur un territoire, les réservoirs de biodiversité doivent être reliés par des corridors. Ceux-ci sont des espaces moins riches pour la biodiversité mais permettant à la faune et à la flore de relier deux réservoirs en « toute sécurité », sans influence négative extérieure et de façon permanente. Les corridors de biodiversité permettent les échanges entre réservoirs et assurent ainsi la santé, la diversité et la résilience de nos écosystèmes 1.

Les corridors de biodiversité
Continuités écologiques : corridors écologiques et réservoirs de biodiversité – Source : TVB et documents d’urbanisme – Guide méthodologique TVB – TVB – www.developpement-durable.gouv.fr
Des refuges en voie de disparition

Le problème aujourd’hui, c’est que ces corridors de biodiversité, ces espaces de connexion entre différents milieux naturels, sont en danger.
L’urbanisation, l’agriculture intensive, les grandes infrastructures linéaires – autoroutes, canaux endigués, etc. – sont autant d’espaces qui morcellent le territoire et empêchent les espèces de se disséminer. Ceci est d’autant plus problématique qu’en parallèle, les réservoirs de biodiversité sont eux-mêmes menacés par l’artificialisation des sols et la déforestation.
A cela s’ajoute le changement climatique, caractérisé par la recrudescence d’épidémies ou de phénomènes climatiques extrêmes – incendies, inondations, sécheresse – pouvant localement mettre en péril des espèces. Sans corridor de biodiversité, il est alors encore plus difficile pour les espèces de re-coloniser des territoires perturbés, ou d’être capable de s’adapter au changement climatique en migrant 2.
Une espèce sur cinq est ainsi menacée d’extinction aujourd’hui en France métropolitaine.
Outre la destruction des espaces naturels, l’érosion de la biodiversité est aussi imputable à la surexploitation des espèces sauvages (surpêche, déforestation, braconnage), à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes, à la pollution environnementale et au changement climatique3. A terme, une plus faible diversité biologique rendra d’autant plus vulnérables les espèces restantes.

La forêt comme source de biodiversité
Alors que faire ?

Au-delà de la protection des milieux naturels, il faut recréer les corridors de biodiversité reliant des espaces par ailleurs fragmentés. Ces corridors vont permettre aux espèces, et en particulier aux populations jeunes parmi elles de se disperser, de re-coloniser des espaces vides ou perturbés et d’élargir les habitats disponibles, ceci étant particulièrement important dans un contexte de changement climatique. Plusieurs types de corridors peuvent être distingués :

  • linéaires : de longues bandes de végétation ininterrompues, comme les haies, le bord des chemins, les cours d’eau et leurs rives
  • en pas japonais : composés de petits îlots refuge comme des mares ou bosquets permettant aux espèces de se réfugier, se reposer et trouver de la nourriture
  • des matrices paysagères : de grands espaces paysagers diversifiés et continus, offrant les conditions nécessaires aux espèces pour qu’elles puissent voyager d’un réservoir de biodiversité à un autre comme les bocages, forêts, prairies1.
Le rôle du maraîcher

Et les jardins-maraîchers peuvent jouer un rôle clé dans la création de corridors de biodiversité4 !
L’objectif est de diversifier au maximum les milieux présents sur la ferme : les clôtures infranchissables – obligeant les hérissons (et autres animaux !) à risquer leur vie en traversant la route – peuvent être remplacées par des haies champêtres, composées de diverses espèces végétales et offrant refuge et nourriture aux animaux en itinérance. Les bordures d’espaces cultivés peuvent être laissées sauvages, permettant ainsi la dissémination des espèces végétales et offrant des ressources aux pollinisateurs2. Des mares, tas de bois, nichoirs, fagots, murets de pierres sèches, hautes herbes peuvent aussi être intégrées au jardin-maraîcher, fournissant des refuges aux amphibiens, aux oiseaux et aux insectes.

Hérisson : symbole de biodiversité

Ces bonnes actions, en plus de booster le karma des maraîchers, bénéficient aussi directement à ses cultures : la présence d’une grande variété de végétaux et d’insectes auxiliaires sur son site favorise la régulation des ravageurs et la fertilité du sol. Les haies champêtres, elles, protègent les cultures du vent et de la sécheresse.

On le voit donc, la philosophie des jardins-maraîchers biologiques, qui cherche à diversifier au maximum la production vivrière et à perturber au minimum les mécanismes naturels, est complètement en accord avec les actions nécessaires à la protection de la biodiversité ! L’homme, rompant avec son image de perturbateur de l’environnement peut ainsi s’inscrire en harmonie avec les cycles naturels.


[1] Ville de Saint-Aubin-les-Elbeuf, « Réservoir de biodiversité et corridor écologique »

[2] Chambre d’Agriculture Rhône-Alpes, Biodiversité Repères, n°111, Novembre 2012

[3] DREAL Nord-Pas-de-Calais, « Biodiversité en Nord-Pas-de-Calais, la responsabilité de chacun, l’intérêt de tous », 2011

[4] : El-Hage Scialabba N., Hattam C., « Organic agriculture, environment and food security », Environment and Natural Resources Service, Sustainable Development Department, FAO, 2002

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