« Small is beautiful » : des microfermes performantes

« Small is beautiful » : des microfermes performantes

Cher lecteur, quand on vous parle d’exploitations agricoles, quelles images vous viennent ?

De grandes étendues de blé, des animaux, des tracteurs…

Ces images font écho à une agriculture conventionnelle pensée pour nourrir les Français au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Or aujourd’hui, ce modèle trouve ses limites : détresse des exploitants, dépendance aux subventions de la PAC, épuisement des sols, pollution de l’environnement… Le recours massif aux énergies fossiles, sous forme de carburant et d’engrais, conduit à une situation ubuesque : 10 calories d’énergie sont utilisées pour produire 1 seule calorie de nourriture1 !

En réaction se développent de plus en plus de microfermes – c’est-à-dire de taille inférieure à 1.5 hectare – en maraîchage biologique, cherchant à retrouver un modèle de production de nourriture plus respectueux de l’environnement, des maraîchers et des consommateurs. L’intérêt de ces petites fermes est d’une part qu’elles peuvent s’intégrer au maillage péri-urbain donc se rapprocher des réseaux de distribution, et d’autre part qu’elles sont peu mécanisées, donc :

C’est une belle idée de produire à proximité des villes, sur toute zone non utilisée. Pour autant, d’un point de vue économique, ces fermes permettent-elles aux maraîchers de dégager un revenu suffisant, dans des conditions de travail acceptables et en respectant la nature ?

Quelques exemples

Certains se sont déjà penchés sur la question… Petit tour d’horizon…

A la ferme du Bec Hellouin en Normandie, Perrine et Charles Hervé-Gruyer ont créé une parcelle maraîchère de 4 500 m² en permaculture avec des méthodes de maraîchage intensives et l’utilisation de technologies modernes et recourant le moins possible aux énergies fossiles. De 2011 à 2015, une étude est conduite en partenariat avec l’INRA : ses résultats soutiennent que les méthodes de culture employées sont particulièrement performantes et permettent d’envisager un revenu décent avec un temps de travail acceptable2.

Microferme du Bec Helloin
@ Ferme du Bec Hellouin https://www.fermedubec.com/

De l’autre côté de l’Atlantique, aux jardins de la Grelinette, Jean Martin Fortier et Maude-Hélène Desroches, produisent sur 8 000 m2 200 paniers de légumes vendus via le réseau d’AMAP local et génèrent plus de 100 000 dollars canadiens de revenus annuels3. Dans cette ferme, les espaces de culture sont standardisés pour faciliter la gestion de la production et tout est optimisé : l’achat des semences, l’estimation de la production, etc4.

Microferme de la Grelinette
@ Jean-Martin Fortier, http://lejardiniermaraicher.com/

Si l’on regarde un peu en arrière, l’idée de pouvoir produire intensément sur de petites surfaces n’est pas nouvelle ! A Paris, durant la seconde moitié du 19ème siècle, 6 % de la surface de la capitale intra-muros était cultivée. Les parcelles faisaient en moyenne 4 000 m2, avec un travailleur pour 1 000 m2 et huit récoltes par an, ceci notamment via l’utilisation de la technique des couches chaudes3.

Qu’est-ce qui fait donc le succès et la productivité de ces microfermes ? C’est d’abord un travail important de conception du site et d’organisation du travail en amont de la mise en production : design selon les principes permaculturels ou agro-forestiers, standardisation des espaces de culture, optimisation de la circulation dans la ferme, etc.

Ensuite, toutes ces fermes pratiquent une agriculture “bio-intensive”, c’est-à-dire optimisant au maximum l’utilisation des terres, via par exemple :

  • un système d’association et de rotation des cultures au cours de l’année,
  • la culture de légumes hautement productifs et à forte valeur ajoutée (aubergines, concombres, salades) plutôt que des légumes de plein champ (carottes, pommes de terre etc.)
  • l’utilisation d’espacements minimaux entre cultures.

Enfin, ces fermes s’appuient sur des technologies non fossiles mais modernes, telles que les semoirs de précision ou les serres amovibles, qui permettent d’accroître la productivité à un coût moindre.

Néanmoins, il est à noter que ces microfermes, pour atteindre de tels niveaux de productivité, ont souvent recours à des intrants extérieurs pour l’apport de matières organiques, le site de production étant trop optimisé pour en produire sur place5.

Ainsi, le mouvement des microfermes, s’il n’en est encore qu’à ses débuts, offre aujourd’hui un axe crédible, complémentaire à l’agriculture conventionnelle mis en place après la Seconde Guerre mondiale, dans l’objectif de nourrir plus de 9 milliards de personnes en 2050.

Sources :

1 : Monot, C., “Quel est le coût énergétique de notre alimentation ?”, Club Energie, Prospective et Débats, CNRS ECODEV 2000

2 : Morel, K., Guégan, C., Léger, F., Une ferme maraîchère biologique viable sans motorisation? Le cas d’une approche holistique inspirée par la permaculture, 2015

3 : Delecourt, S., Boisseleau, P., “Produire plus sur une petite surface”, FRAB Midi-Pyrénées, 2013

4 : Fortier, J-M., Le jardinier-maraîcher, Manuel d’agriculture biologique sur petite surface, Ecosociété, 2012

5 : Uzan, C., Véret, G., Micro-ferme de la Bourdaisière, conception inspirée de la permaculture, Rapport de design, mars 2014

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