S’installer en maraîchage bio : un parcours du combattant

S’installer en maraîchage bio : un parcours du combattant

Si vous avez lu notre dernier article, vous savez qu’aller planter des choux puis les regarder pousser est bon pour notre moral et pour booster notre productivité. Encore faut-il vivre et travailler à proximité de jardins-maraîchers !

Des maraîchers bio de plus en plus nombreux

La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, un nombre de plus en plus important de maraîchers bio souhaite s’installer : ainsi, 2 338 nouvelles exploitations agricoles biologiques ont vu le jour en 2017[1] !

Parmi les modes d’installation potentiels, celui sur petites surfaces – nous entendons 1 hectare maximum par personne – a plusieurs avantages. Tout d’abord, l’investissement initial nécessaire est plus faible : en effet la taille de l’exploitation est plus petite et le besoin en mécanisation qui en découle est moindre. D’autre part, le choix de petites surfaces témoigne souvent d’une volonté de travailler au plus proche de la nature, de façon plus manuelle, avec un soin particulier apporté aux cultures.

Les terres en zone péri-urbaine sont parmi les plus recherchées, souvent pour des raisons pratiques : l’accès aux réseaux de commercialisation y est facilité (AMAP, marchés locaux et autres circuits courts) et la proximité des villes permet de rompre l’isolement qui est souvent le lot des agriculteurs.

La moins bonne nouvelle, c’est qu’il est difficile pour les maraîchers d’accéder aux terres de leurs rêves et d’y développer leur activité.

Un marché bio en zone péri-urbaine

Sous les pavés, la terre

La première épreuve du parcours du maraîcher-combattant, c’est l’accès au foncier, en particulier en zone péri-urbaine et lorsque les maraîchers-en-devenir ne sont pas issus du monde agricole.

L’urbanisation grandissante de notre territoire vient grignoter des terres fertiles : 60 000 hectares sont artificialisés tous les ans[2]. Il est donc de plus en plus difficile de trouver des surfaces d’une taille suffisante.

Il devient du coup quasi-impossible de trouver la parcelle parfaite. Beaucoup de maraîchers bio se retrouvent souvent sur des parcelles difficilement accessibles, morcelées, irrégulières ou sans accès aisé à l’eau[3].

« Avec Cultures et Compagnies, nous apportons une réponse aux agriculteurs en recherche de foncier, en ciblant une réserve foncière à laquelle on pense rarement : les terres des entreprises en péri-urbain ».

La rançon du terrain

Du fait de mécanismes de spéculation foncière, le prix des terres explose : il a augmenté de près de 30 % en dix ans[4], déconnectant la valeur productive des terres de leur valeur monétaire.
Les jeunes maraîchers n’ont de facto pas les capacités financières de racheter les terrains disponibles (et leur bâti) sans lourdement s’endetter.

A ce phénomène s’ajoute celui de l’agrandissement des exploitations agricoles : la taille de ces dernières est passée de 56 à 63 hectares en moyenne entre 2010 et 2016[5].
En cas de terre disponible à la vente, le jeune maraîcher se retrouve souvent en concurrence avec une exploitation existante cherchant à s’agrandir, et ne peut donc que difficilement peser face à elle en termes de capacité financière.

Des exploitations agricoles de plus en plus grandes

Le pot de terre et le pot de fer

Alourdi d’un investissement initial conséquent, le néo-maraîcher a heureusement la possibilité de solliciter certaines aides et subventions à son installation. Il peut par exemple être accompagné par la Chambre d’Agriculture de son département via le PAI (Point d’Accueil Installation), qui lui donnera toutes les informations nécessaires pour entamer une demande de dotation Jeune Agriculteur (DJA).

Attention cependant à la lourdeur administrative du processus, aux critères déjà contraignants : avoir moins de 40 ans, être diplômé agricole niveau IV, posséder un plan de professionnalisation personnalisé (PPP), un business plan sur 4 ans permettant de dégager un SMIC net à son terme, etc.

Autre possibilité, les aides de la PAC. Pour les cultures biologiques, elles varient de 250 à 600€ à l’hectare[6]. Malheureusement, elles sont souvent payées très en retard[7], et leur montant est finalement assez faible au vu des petites surfaces concernées.

Un soutien financier est donc possible, mais moyennant un investissement en temps conséquent et le recours à des compétences hors du coeur de métier des agriculteurs (comptabilité notamment). Les grandes exploitations sont de nouveau avantagées car disposant de plus de moyens pour mener à bien ces tâches administratives.

Des techniques culturales adaptées à l'agriculture biologique

Une expertise technique bio à développer

Enfin, une fois que notre vaillant maraîcher a réussi à trouver un petit lopin de terre, à convaincre son banquier de lui prêter de l’argent et à rester éveillé de longues nuits caféinées à remplir d’arides dossiers de subventions, il lui faut s’attaquer à sa dernière épreuve : développer et acquérir des techniques culturales adaptées.

L’installation en culture biologique faiblement mécanisée est finalement beaucoup plus technique que l’agriculture conventionnelle car l’agriculteur ne peut compter sur le secours de la chimie en cas de problèmes (attaque de ravageurs, adventices, etc.). Cela demande des connaissances spécifiques car il est nécessaire de bien comprendre le rôle et les besoins de chaque plante afin de pouvoir les soigner et les associer au mieux.

Dans un tel contexte, il y aurait de quoi se décourager et abandonner son projet d’installation. Mais heureusement, les choses évoluent pour accompagner au mieux les maraîchers-en-devenir ! De nouveaux cursus se développent, tels que les BPREA orientation maraîchage biologique par exemple ; de façon générale, les connaissances en matière bio-intensive s’accumulent, avec les travaux du chercheur Kevin Morel de l’AgroParisTech “Viabilité des microfermes maraîchères biologiques”, l’étude de François Léger de l’INRA sur les performances de la ferme du Bec Hellouin, les références technico-économiques de l’étude Agrobio Basse-Normandie… On vous en dit plus dans le prochain article !


[1]L’agriculture biologique, un accélérateur économique, à la résonance sociale et sociétale – Agence Bio
[2] Utilisation du territoire en France métropolitaine – Agreste Primeur
[3] “S’installer en maraîchage bio : les clés de la réussite”, Guide technique réalisé par le réseau agriculture biologique des Chambres d’agriculture
[4] Prix des terres et prés de 1997 à 2017 par région et au niveau national – Agreste
[5] Enquête sur la structure des exploitations agricoles – Agreste
[6] IFOAM EU, CAP 2014-2020
[7]La France Agricole – Trois agriculteurs bio portent plainte contre l’État

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